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Créations d'entreprises en juin 2026 : ce que le repli du mois change pour les formalités légales

Après le rebond spectaculaire de mai, juin 2026 marque logiquement un temps d'arrêt : -2,2 % de créations d'entreprises, avec 107 856 immatriculations sur le mois. Mais ce repli mécanique cache un mouvement plus intéressant que la simple respiration statistique : une véritable bascule sectorielle s'opère, la construction accélérant quand l'information-communication se corrige brutalement, et les sociétés résistent nettement mieux que les autres formes juridiques au ralentissement du mois. Surtout, un chiffre passe presque inaperçu : sur douze mois glissants, les créations de sociétés progressent désormais de +7,3 %, un signal de fond bien plus solide que ce que le seul mois de juin laisse deviner.

Jean-François Lemercier, fondateur de LeLegaliste.fr

Rédigé par Jean-François Lemercier

Expert vérifié 18 ans d’expérience

Fondateur de LeLegaliste.fr
Vice-président — 100 000 Entrepreneurs
Enseignant — Sciences Po

Entrepreneur engagé et spécialiste de la création d’entreprise, Jean-François Lemercier a fondé LeLegaliste.fr en 2013 avec pour mission de simplifier les formalités liées aux annonces légales. Fort de plus de 18 années d’enseignement à Sciences Po et de son engagement au sein de 100 000 Entrepreneurs, ses analyses et retours d’expérience nourrissent l’ensemble des guides publiés sur Lelegaliste.fr.


Un repli mesuré après le pic de mai

-2,2 % : une respiration logique après un mois hors norme

En juin 2026, le nombre total de créations d'entreprises recule de -2,2 % en données corrigées des variations saisonnières, après le bond de +10,6 % enregistré en mai — un chiffre légèrement révisé à la baisse par rapport aux +10,7 % initialement annoncés. En données brutes, 107 856 entreprises ont été créées en juin, contre 110 235 en mai. Ce type de correction après un pic est statistiquement classique et fait écho au mécanisme inverse déjà observé entre avril et mai, détaillé dans notre analyse du rebond de mai 2026, où l'amplitude de la hausse s'expliquait déjà largement par la profondeur du creux précédent.

Le repli de juin ne remet donc pas en cause la tendance de fond : il s'agit d'un ajustement après un pic, pas d'un retournement de marché.

Sur douze mois, la croissance globale accélère même

C'est là le premier élément contre-intuitif du mois : alors que la variation mensuelle est négative, le nombre total d'entreprises créées sur les douze derniers mois (juillet 2025 à juin 2026) progresse de +11,1 % par rapport à la même période un an plus tôt — contre +10,0 % lors de la publication précédente. Les détails complets figurent dans l'étude de l'INSEE sur l'évolution des créations d'entreprise en France pour juin 2026. Un mois qui recule peut donc parfaitement coexister avec une accélération de la tendance annuelle : c'est le glissement sur douze mois, et non la variation mensuelle brute, qui donne la mesure la plus fiable de la santé du marché.

Sociétés : un ralentissement, pas un décrochage

+0,7 % seulement, mais toujours dans le vert

Alors que les micro-entrepreneurs reculent de -3,1 % en juin (après +13,5 % en mai) et que les entreprises individuelles classiques baissent de -2,7 % (après +8,6 %), les créations de sociétés se contentent de ralentir : +0,7 %, après +3,6 % le mois précédent. Avec 26 188 constitutions en juin, les sociétés sont la seule forme juridique à ne pas basculer dans le négatif. C'est l'inverse du schéma observé en mai, où les sociétés avaient rebondi bien moins fort que les autres formes : en juin, elles encaissent aussi bien mieux le repli.

La part des sociétés remonte mécaniquement à 24,9 %

Conséquence directe de cette meilleure résistance : la part des sociétés dans l'ensemble des créations du mois remonte à 24,9 % en juin, contre 23,1 % en mai. Ce rebond de part est toutefois à relativiser : sur les douze derniers mois glissants, les sociétés ne représentent que 25,1 % de l'ensemble, contre 26,0 % sur la même période un an auparavant. L'érosion structurelle de fond se poursuit donc, même si le mois de juin l'attenue temporairement.

Chaque société créée — SARL, SAS, SASU, SCI — reste soumise à l'obligation de publier une annonce légale de création de société préalablement à son immatriculation. La meilleure tenue relative des sociétés en juin est donc une bonne nouvelle pour le volume de formalités de constitution, indépendamment du recul global du marché.

La bascule sectorielle du mois

Information-communication : la correction attendue après l'envolée de mai

Le secteur de l'information et de la communication, qui avait bondi de +25,0 % en mai, se replie fortement en juin : -10,4 %. Une correction logique après un pic aussi marqué, qui n'efface toutefois pas la dynamique de fond du secteur : sur douze mois glissants, il affiche toujours +33,1 %, la plus forte progression de tous les secteurs suivis par l'INSEE. Ce secteur reste un vivier de SASU et de SAS — des formes qui génèrent systématiquement une obligation de publicité légale à la constitution.

Construction : le seul secteur qui accélère quand tout le reste ralentit

À l'inverse, la construction est le seul grand secteur à voir ses créations accélérer en juin : +5,2 %, après +2,8 % en mai. Avec 8 122 créations sur le mois, le secteur affiche également une progression solide sur trois mois (+8,8 %) et sur douze mois (+6,0 %). Le BTP concentre historiquement une proportion importante de SARL et de SAS de petite taille, dont chaque constitution donne lieu à une formalité de publication légale : c'est un signal à surveiller pour les prochains mois, dans un contexte où les autres moteurs sectoriels marquent le pas.

Soutien aux entreprises et services aux ménages : un reflux qui n'entame pas la tendance longue

Les activités de soutien aux entreprises (-3,3 % après +13,5 %) et les services aux ménages (-3,6 % après +13,1 %) refluent également en juin, mais restent très largement porteurs sur la durée, avec respectivement +18,8 % et +8,2 % sur douze mois. Sur les trois derniers mois, le soutien aux entreprises demeure le premier contributeur à la hausse globale des créations, avec 14 100 créations supplémentaires par rapport à la même période un an plus tôt (soit +5,1 points de contribution), devant l'information-communication (+8 600 créations, +3,1 points). Les transports et l'entreposage, eux, continuent de péser sur la baisse (-3 700 créations, -1,3 point).

Retenir l'essentiel : les secteurs qui refluent en juin sont ceux qui avaient le plus fortement rebondi en mai. La bascule est davantage un effet de calendrier statistique qu'un vrai retournement conjoncturel.

Le vrai chiffre de fond : +7,3 % sur douze mois

Les sociétés accompagnent désormais la reprise, elles ne la freinent plus

C'est sans doute la donnée la plus significative du mois pour les professionnels des formalités légales : sur les douze derniers mois (juillet 2025 à juin 2026), les créations de sociétés progressent de +7,3 %, pour un cumul de 161 054 constitutions contre 152 413 un an plus tôt. C'est une nette accélération par rapport à la tendance encore mesurée observée sur les mois précédents, et un rythme désormais proche de celui des micro-entrepreneurs (+13,7 % sur la même période) — l'écart se resserre, même si l'érosion de part relative se poursuit en parallèle.

Sur les six premiers mois de 2026, le cumul des sociétés créées atteint 161 054, contre 152 413 sur la même période en 2025. Le marché des annonces légales de constitution reste donc solidement orienté à la hausse en volume absolu, indépendamment des à-coups mensuels du dernier trimestre.

Ce que ça change pour les annonces légales

La construction, un vivier à surveiller pour la publication légale

Toute société de BTP nouvellement immatriculée est tenue de passer par la publicité légale dans un journal d'annonces légales avant son inscription au registre du commerce. L'accélération observée dans ce secteur en juin, si elle se confirme dans les prochains mois, viendrait compenser en partie le ralentissement de l'information-communication et soutenir un flux de formalités de constitution jusqu'ici très dépendant des secteurs numériques et du soutien aux entreprises.

Les formalités post-création continuent d'étaler le flux dans l'année

Les sociétés constituées lors des pics d'activité de la fin 2025 et du printemps 2026 entrent progressivement dans leur première phase d'évolution statutaire : changement de dirigeant, transfert de siège social, ou dissolution anticipée pour les projets qui n'aboutissent pas. Ce flux de formalités secondaires reste, comme lors des mois précédents, décorrélé des variations mensuelles brutes des constitutions, et continue de lisser l'activité globale du marché des annonces légales.

À retenir pour juin 2026

Analyse rapide
  • Repli modéré en juin 2026 : -2,2 %, après un rebond de mai révisé à +10,6 %.
  • 107 856 créations en juin ; le glissement sur 12 mois accélère même à +11,1 %.
  • Sociétés : +0,7 % seulement, mais seule forme juridique à rester positive sur le mois.
  • Part des sociétés : remontée à 24,9 % en juin, mais toujours en recul sur 12 mois (25,1 % contre 26,0 % un an plus tôt).
  • Information-communication : -10,4 % en juin après +25,0 % en mai — correction mécanique, tendance longue toujours à +33,1 % sur 12 mois.
  • Construction : seul secteur à accélérer en juin (+5,2 %), à suivre comme relais potentiel pour les formalités de constitution.
  • Sur 12 mois glissants, les sociétés progressent de +7,3 % — le signal de fond le plus solide du mois pour le marché des annonces légales.